
Autre
Guerlesquin
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Sur les hauteurs du Trégor, à deux cents mètres d'altitude entre landes et granit, Guerlesquin ressemble à une ville qui aurait décidé de tenir bon, contre l'isolement, contre le temps, contre l'oubli. Elle tient.
Ce qui frappe d'abord, c'est la géométrie. Trois grandes places en enfilade, séparées par les halles et l'église, bordées de maisons de marchands aux façades de pierre grise. Une organisation urbaine rare pour un bourg de cette taille, attestée dès le Moyen Âge, qui dit tout du rang que ses seigneurs voulaient lui donner. Guerlesquin n'est pas un village. C'est une ville-place, pensée comme telle depuis le XIe siècle, bâtie autour d'une motte féodale élevée entre 1040 et 1056 par un certain Even Guen au bord du Guic.
La motte disparaît, les seigneurs changent. Les Charruel, les Penhoet, puis les Rohan. En 1434, Jean V de Bretagne accorde au bourg le titre de ville et des privilèges commerciaux, droit de poids et de balance, foires annuelles. En 1526, Pierre de Rohan fait construire les premières halles en bois. La justice y est rendue chaque lundi, jour de marché. Guerlesquin commande alors sur le Trégor, la Cornouaille et le Léon. À son apogée au XVIIIe siècle, le bourg accueille dix-neuf foires par an.
Au centre de ce dispositif judiciaire et marchand se dresse le bâtiment le plus énigmatique de la cité. En 1640, Vincent du Parc, marquis de Locmaria, commandant des gardes de Richelieu et seigneur de Guerlesquin, fait élever un pavillon carré flanqué à chaque angle d'une échauguette en poivrière, une silhouette de forteresse en miniature, plantée au cœur du bourg comme une menace de granit. On l'appelle le Présidial, à tort : aucune sentence n'y a jamais été rendue. C'est simplement la prison seigneuriale. Au rez-de-chaussée, le cachot. À l'étage, le logement des gardiens, qui faisaient aussi office de fourniers, cuisant le pain des habitants dans le four banal attenant. Au dernier étage, la chambre criminelle, où les prévenus attendaient un ou deux jours avant d'être transférés au présidial de Morlaix.
En 1856, ce bâtiment manque d'être démoli. C'est Prosper Proux, barde breton né à Guerlesquin, percepteur de son état et chansonnier de son cœur, qui le sauve, en écrivant directement à Prosper Mérimée, alors inspecteur général des monuments historiques. La prison est classée en 1875. Sans ce coup de plume d'un poète, les échauguettes auraient disparu.
Le dernier seigneur, le marquis de Rosanbo, est guillotiné en 1794. Son gendre, le baron de Tocqueville, père du philosophe Alexis, revend le Présidial et les halles à la commune de Guerlesquin en 1826 pour une somme modeste. La prison seigneuriale devient bien commun.
Chaque Mardi-Gras, les habitants se divisent en Nordistes et Sudistes pour disputer le championnat du monde de Bouloù Pok, un jeu de demi-boules de buis lestées de plomb, pratiqué nulle part ailleurs depuis cinq siècles. Guerlesquin invente ses propres règles. Elle l'a toujours fait.
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