La Roche-Bernard
Autre

La Roche-Bernard

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Sur un promontoire de granit qui surplombe la Vilaine, deux canons rouillés pointent vers le fleuve. Ils viennent du vaisseau Le Juste, soixante-dix canons, six cent trente-quatre hommes d'équipage, coulé le 20 novembre 1759 en tentant de rejoindre Saint-Nazaire après la désastreuse bataille des Cardinaux. Une plaque, à quelques mètres de là, rappelle que c'est ici même, sur les chantiers de La Roche-Bernard, qu'avait été construite en 1633 La Couronne, le premier vaisseau de ligne à trois ponts de la marine royale de France, construit sur l'ordre exprès de Richelieu. Deux siècles de marine de guerre résumés en quelques mètres carrés de granit. La Roche-Bernard existe depuis le XIe siècle, accrochée à son rocher au-dessus d'un coude de la Vilaine. Simon Ier, baron du lieu, fondait à cette époque l'abbaye de Saint-Gildas-des-Bois et cédait aux moines la moitié de ses droits de passage sur le fleuve. Le passage. Voilà ce qui a fait la ville. Ici, la Vilaine creuse ses gorges dans le schiste et le granit, forçant les voyageurs qui remontent vers la Bretagne intérieure à emprunter un passage unique entre Nantes et Vannes. Quiconque tient ce passage tient la route. Pendant des siècles, on traverse en bac. En 1709, soixante-dix habitants de Marzannais se noient lors d'un naufrage sur ces eaux. En 1827, la municipalité réclame un pont. Le premier est inauguré en 1839, pont suspendu de cent quatre-vingt-treize mètres de portée, le plus long de France à l'époque, salué dans toute l'Europe comme un chef-d'œuvre technique. Il dure treize ans. Le 26 octobre 1852, une tempête le fait entrer en résonance et le tablier s'effondre dans la Vilaine. Un second tablier est posé. La tempête du 26 octobre 1870 l'emporte à son tour. Les piliers de pierre restent debout, têtus, pendant quarante ans, portant une simple passerelle en bois. En 1911, un nouveau pont en arc métallique, le modèle Eiffel, est construit par-dessus les piles de l'ancien. Il sert aussi au petit train départemental reliant Vannes à Saint-Nazaire. En août 1944, les Allemands en retraite le minent. Le 15 août, pendant un orage violent, la foudre frappe l'une des mines. Le maire de La Roche-Bernard contemple la scène depuis sa fenêtre et ne distingue pas le bruit de l'explosion de celui du tonnerre. Le pont s'effondre dans le fleuve. Une passerelle flottante récupérée sur le matériel du débarquement d'Arromanches prend sa place pendant douze ans, si bruyante qu'on l'entend depuis les hauteurs de la ville. En 1954, le peloton du Tour de France l'emprunte. Le pont actuel date de 1960. Ses câbles porteurs ne s'ancrent pas dans des culées de béton, ils s'enroulent autour des masses rocheuses des deux rives. La Vilaine tient les ponts depuis toujours. La Roche-Bernard est l'une des plus petites communes chef-lieu de canton de France, quarante-deux hectares, quelques rues pavées, un port de plaisance. Et deux canons qui regardent le fleuve depuis deux cent soixante ans.

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Informations pratiques

Localisation

56130 La Roche-Bernard