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La Roche-Derrien
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
Charles de Blois aurait pu s'échapper. Blessé, encerclé dans la nuit du 20 juin 1347, il allait être pris. Des chevaliers bretons l'exhortèrent à fuir pendant qu'ils lui couvraient la retraite en faisant don de leur vie. Il refusa. Quelques instants plus tard, il était prisonnier. Parmi les morts ce jour-là : les seigneurs de Rohan, de Châteaubriant, de Quintin, de Rougé. L'élite de l'aristocratie bretonne jonchait le sol devant les murs de La Roche-Derrien.
La ville doit son nom à Derrien, fils du comte de Penthièvre, qui y fait construire un château fort en 1070. L'emplacement est magistral, une éminence au-dessus de la ria du Jaudy, là où les eaux douces et les eaux marines se mêlent deux fois par jour, là où le passage à gué impose le pont, le pont impose le château, le château impose la ville. Le lieu n'a pas été choisi. Il s'est imposé.
Pendant deux siècles, La Roche-Derrien est une place forte de première importance, que les partis se disputent âprement dans les guerres incessantes qui déchirent la Bretagne. En 1345, le comte de Northampton, Guillaume de Bohun, la prend d'assaut et y fait butin considérable. En 1347, Charles de Blois, prétendant au duché contre Jean de Montfort, revient en assiégeant le château, stratège qui croit tenir sa victoire et tombe dans le piège inverse. Sa force est trois fois supérieure à celle du capitaine anglais Thomas Dagworth qui vient au secours de la garnison dans la nuit. Mais le campement de Charles est surpris, la garnison sort des murs pour encercler les assaillants, et tout s'effondre. Charles est blessé, capturé, épargné seulement grâce à l'intervention de Tanguy du Chastel, dont il avait pourtant fait tuer les fils sous les murs de Brest. Ironie cruelle de la guerre médiévale.
Charles de Blois est envoyé prisonnier à la Tour de Londres. Il y reste cinq ans. Sa rançon sera fixée à 700 000 florins, une somme qui ruine le duché. Et Du Guesclin, quelques années plus tard, reçoit le château de La Roche-Derrien en donation de ce même Charles de Blois, comme récompense d'autres batailles.
En 1394, le duc de Bretagne reprend la place et fait démolir le château. En 1420, ce qui reste est rasé. Du donjon ne subsiste qu'une tour transformée en chapelle du Calvaire, une petite chose perchée sur l'éminence, avec un Christ entre deux larrons pour seule garnison.
L'église Sainte-Catherine, dont les parties les plus anciennes remontent au XIIIe siècle, conserve un vitrail de 1928 représentant la reddition de Charles de Blois. La ria du Jaudy coule en contrebas. Les eaux se mêlent encore.
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