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Léhon
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
Les moines ont volé les reliques. Pas dérobées discrètement, volées, sur l'île de Sercq, dans les îles Anglo-Normandes, quelque part vers 850, sous le règne de Nominoë, premier roi de Bretagne. Une barque a remonté la Rance. Et quand elle a accosté dans le méandre où se trouve aujourd'hui Léhon, dit la légende, le lieu devint riant et fleuri comme paradis.
Le vol avait une logique. Les reliques de saint Magloire, évêque de Dol, cousin de saint Samson, attiraient les pèlerins. Les pèlerins apportaient des richesses. Nominoë dota le monastère de terres, de privilèges, de revenus. Un premier édifice en bois s'élève dans le creux du vallon, entre les collines et la Rance. Le rayonnement est immédiat. Des moines viennent de toute la Gaule occidentale.
Vers 910, les Vikings arrivent. Les moines fuient à Paris en emportant les reliques, rien d'autre ne compte. Ils fondent sur place une nouvelle abbaye Saint-Magloire, dans la capitale, qui finit par devenir la maison mère. Léhon reste en ruines pendant un siècle. Les moines reviennent vers 1008. Hardouin est nommé prieur en 1030. La reconstruction commence, cette fois en pierre. Le monastère prend le titre de prieuré royal.
En 1168, Henri II d'Angleterre assiège le château de Léhon. Il fait brûler le cimetière le 25 juin. Mais il épargne l'église et le prieuré. Acte de prudence ou de piété, la ligne est mince. Le prieuré est rasé l'année suivante, en 1169, puis reconstruit dès 1170. Pierre Mauclerc finance la grande reconstruction aux XIIe et XIIIe siècles. Le château contemporain, huit tours disposées géométriquement selon l'architecture philippienne, veille sur la roche dominant la Rance, sept tours subsistent encore.
Vers 1365, la chapelle funéraire des Beaumanoir vient s'accoler au chœur. Dans la nef de l'église abbatiale, les gisants de la famille sont alignés, dont celui de Dame Tiphaine Du Guesclin et de Jean II de Beaumanoir, héros du Combat des Trente. Ces sculptures couchées gardent le silence depuis sept siècles.
Le réfectoire est une pièce rare. Son décor mural date du XIVe siècle. Une chaire à prêcher est intégrée directement dans la maçonnerie, les moines mangeaient en écoutant la lecture des textes saints, la voix descendant du mur comme une présence. Cette disposition, unique dans la région, n'a pas été déplacée.
En 1644, les matériaux du vieux château démoli sont cédés aux moines pour réparer le prieuré. En 1767, il est supprimé, six religieux restants quittent les lieux. En 1792, vendu comme bien national. Une filature industrielle de toile à voile s'y installe un temps. Puis donation à la commune.
Le cloître est silencieux. Les fragments de vitraux du XIVe siècle, la Crucifixion, saint Magloire bénissant, des donateurs agenouillés, tiennent encore dans leurs plombs.
Les reliques volées sont toujours là.
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