
Autre
Locronan
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Shakespeare cite les toiles de Locronan dans Coriolan. À l'acte II, scène I, un personnage évoque ces voiles venues de Bretagne, réputées dans toute l'Europe pour leur résistance et leur qualité. En 1588, l'Invincible Armada espagnole en était équipée. La marine royale française aussi. Ce sont des tisserands cornouaillais, dans un village de granit posé sur une colline à deux cents mètres d'altitude, qui habillaient les grandes flottes du monde.
Avant les tisserands, il y a Ronan, un moine irlandais qui traverse la Manche au VIe siècle et s'installe dans la forêt du Névet, haut lieu sacré celtique. Le site s'appelait Kergrist, le village du Christ. Ronan y pose son oratoire sur un nemeton, sanctuaire naturel délimité par douze points correspondant aux douze mois de l'année, territoire de rites druidiques. Il christianise les lieux, intègre les douze stations dans son propre chemin de pénitence hebdomadaire : pieds nus, à jeun, douze kilomètres autour de la montagne. Le village prend son nom, Lok Ronan, le lieu de Ronan. Ses reliques reposent dans la chapelle du Pénity, attenante à l'église, sous un gisant de pierre noire de kersanton.
Le pèlerinage qui s'organise autour de lui, la troménie, du breton tro minihi, le tour du territoire monastique, est attesté depuis le Xe siècle. Tous les six ans, douze kilomètres de procession traversent bois, prairies et champs privés, ouverts pour l'occasion une semaine seulement, jalonnés de quarante-quatre reposoirs en branchages abritant des statues de saints. On dit qu'une grande troménie ouvre les portes du Paradis. Qu'il en faut trois petites pour obtenir le même résultat.
C'est la prospérité de la toile qui bâtit le village visible aujourd'hui. Dès le XIVe siècle, le chanvre fleurit dans les campagnes cornouaillaises. L'industrie s'organise, les marchands s'enrichissent. En 1505, Anne de Bretagne séjourne à Locronan. Les maisons de granit à lucarnes sculptées s'élèvent autour de la place, quatorze façades qui bordent l'espace central avec son puits communal, longtemps seule source d'eau du bourg. La rue des tisserands devient la rue Moal. L'église Saint-Ronan, commencée en 1420, s'achève vers 1480 dans un gothique flamboyant breton dont la tour massive ne porte plus de flèche depuis 1808, foudroyée trois fois, démolie la quatrième.
En 1594, les troupes espagnoles pillent Locronan. La ville est abandonnée entre 1595 et 1599. Elle se reconstruit. Puis le déclin du marché de la toile arrive au XVIIIe siècle, lorsque la Compagnie des Indes perd une partie de ses commandes et qu'une manufacture s'installe à Brest. Locronan s'appauvrit. Et c'est précisément cet appauvrissement qui la sauve, aucune fortune disponible pour moderniser les façades, ajouter des étages, percer des avenues.
Roman Polanski y tourne Tess en 1979. Jean-Pierre Jeunet y filme Un long dimanche de fiançailles. Trente films depuis les années 1920.
Les pierres n'ont pas bougé depuis la Renaissance.
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