
Autre
Malestroit Centre Historique
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
Sur une façade en pan de bois de la place du Bouffay, un sculpteur du XVIe siècle a taillé une truie en train de filer la laine. Sur une autre maison voisine, un lièvre joue du biniou. Ailleurs, un centaure cornu, un félin à une seule corne, un éléphant de combat. Ces figures impossibles et moqueuses ornent les poutres et les linteaux du centre de Malestroit comme si la ville entière avait décidé de ne pas se prendre au sérieux, tout en ayant traversé mille ans d'histoire.
La cité naît d'un passage. Son nom vient du breton Mael trech ou du latin Mala strata, la mauvaise route, le chemin difficile, le gué sur la rivière Oust que tout le monde devait emprunter. Les seigneurs de Malestroit construisent leur château sur un îlot entre deux bras de la rivière au XIIe siècle. Le site est parfait, l'eau défend, le gué enrichit. Autour du château et de l'église Saint-Gilles, bâtie sur l'emplacement d'une source sacrée celte puis gallo-romaine, un bourg marchand se développe. La ville hérite d'un surnom : la cité aux besants d'or, les marchands drapiers, tanneurs et toiliers ont rendu Malestroit prospère.
L'église Saint-Gilles renferme dans ses murs romans et gothiques un ensemble de fresques du XIIIe siècle d'une étrangeté remarquable : éléphant de combat, centaure cornu, félin unicorne. Ce bestiaire impossible peint par des mains médiévales il y a huit siècles résiste encore à l'humidité et au temps.
En 1343, dans les ruines de ce qui reste aujourd'hui la chapelle de la Madeleine, quatre murs et le plus ancien clocher-mur du Morbihan, Philippe VI de Valois roi de France et Édouard III roi d'Angleterre signent une trêve de la guerre de Cent Ans. La paix ne dure pas. Elle ne dure jamais. Mais le lieu reste.
Jean Raguenel, baron de Malestroit, fait fortifier la cité en 1463, remparts, tours, pont-levis, bastions. L'enceinte en triangle appuyée sur l'Oust résiste aux guerres de la Ligue à la fin du XVIe siècle. Elle est assiégée, prise et démembrée trois fois par le duc de Mercoeur. Les faubourgs sont chaque fois rasés. La ville se relève à chaque fois.
En 1944, les religieuses augustines du couvent habillent en nonnes les parachutistes alliés que les nazis recherchent. Mère Yvonne-Aimée et sa communauté seront décorées pour cet acte de résistance silencieux et absolu.
Les matériaux du centre historique racontent eux-mêmes les routes du commerce, schiste gris, granit de Lizio, grès rose arrachés aux carrières locales, mais aussi tuffeau de Loire importé par le canal de Nantes à Brest après sa construction napoléonienne en 1842. Le canal longe désormais la ville au pied de ses ruelles.
La truie file toujours. Le lièvre joue encore.
Tags
médiévalchapellechâteau


