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Mémorial de Caen
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
Sous le Mémorial de Caen, il y a un bunker. Pas une reconstitution. Le vrai bunker souterrain du général Wilhelm Richter, commandant la 716e division d'infanterie allemande, celui depuis lequel il a dirigé la défense de la Normandie le 6 juin 1944. À 0h40, ce matin-là, Richter est informé par téléphone de la présence de parachutistes à l'est de l'Orne. À 5h, les premières vagues d'assaut débarquent. Le musée de la paix a été construit directement au-dessus du centre nerveux de l'envahisseur.
Ce choix n'est pas un hasard. C'est un acte.
Le 6 juin 1944, Jean-Marie Girault a dix-huit ans. Il est volontaire de la Croix-Rouge française, chargé de secourir les civils caennais sous les bombardements. Il voit ce que la guerre fait aux corps, aux familles, aux villes. Caen perd ce jour-là trois cents habitants. La ville sera détruite à soixante pour cent avant la fin de la bataille de Normandie. Vingt mille Normands morts, un tiers de tous les civils français tués pendant la Seconde Guerre mondiale. Girault devient maire de Caen en 1970. L'idée d'un mémorial le hante depuis 1969. Pas un musée militaire. Un musée pour la paix.
Le 10 septembre 1986, treize premières pierres sont posées sur l'emplacement du bunker de Richter. Jacques Chirac, alors Premier ministre, est là. Le 6 juin 1988, quarante-quatrième anniversaire du Débarquement, François Mitterrand inaugure le bâtiment en présence des chefs d'État de onze pays alliés. Sur la façade, une inscription gravée dans la pierre, texte du poète caennais Paul Dorey parlant au nom de la Normandie : La douleur m'a brisée, la fraternité m'a relevée, de ma blessure a jailli un fleuve de liberté.
Le parcours commence en 1919, au traité de Versailles. Il avance chronologiquement, la montée des totalitarismes, l'Occupation, la Résistance, la Shoah, le Débarquement, la bataille de Normandie, la reconstruction, jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989. C'est le seul musée en France à présenter une vision complète des années 1945 à 1989. Dans le hall principal, suspendu au plafond, un Hawker Typhoon à l'échelle 9/10, chasseur-bombardier de la RAF. Dans les vitrines, une valise d'Adolf Hitler retrouvée dans les ruines du Berghof. Un poste à galène caché dans une boîte d'épinards par un résistant caennais. Un règlement intérieur d'un baraquement de goulag volé par un écrivain à sa libération.
En dessous, le bunker de Richter est intact. Les murs sont là. L'air est le même.
La douleur et la fraternité, côte à côte, depuis 1988, au même endroit exact où tout s'est décidé.
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