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Parc et jardins du château de Lanniron
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Un bassin dans ce jardin se remplit à chaque marée. Posé au bord de l'Odet, en contact direct avec les eaux de la rivière, le bassin de Neptune à Lanniron monte et descend au rythme des marées, phénomène rarissime dans un jardin à la française. Les évêques de Cornouaille avaient conçu leur résidence d'été en dialogue avec le fleuve. L'eau n'était pas un décor. Elle était une matière vivante.
La présence des évêques à Lanniron est attestée depuis le XIIe siècle. L'évêque Guillaume y meurt en 1218. En 1300, Alain Rivelen dit Morel gère l'administration diocésaine depuis ces rives de l'Odet, à deux kilomètres en aval de Quimper. Peu à peu, l'évêché absorbe le village alentour, son église, son cimetière, ses maisons, son moulin, son four. La paroisse du Saint-Esprit disparaît, engloutie par l'expansion du domaine épiscopal.
En 1416, Bertrand de Rosmadec, évêque bâtisseur déjà à l'origine de la reconstruction de la cathédrale de Quimper, fait ériger le manoir. Un bâtiment carré en granit, flanqué de quatre tourelles en encorbellement. Puis vient Monseigneur de Coëtlogon, évêque de 1668 à 1706, qui transforme radicalement le domaine. Il dessine trois terrasses successives descendant en pente douce vers l'Odet, percées de vingt carrés symétriques, ornées de cinq bassins alimentés par un canal qui court à l'est du parc. L'eau arrive par gravité depuis ce canal, circule dans des conduites en plomb enterrées, jaillit en jets depuis les fontaines des terrasses. La deuxième terrasse est consacrée aux fleurs, la troisième aux légumes. Un portrait de Coëtlogon devant ses jardins, peint vers 1750 par l'artiste vannetais l'Hermitais, existait dans la salle synodale de l'évêché de Quimper, il a disparu dans l'incendie de 1939.
La Révolution confisque Lanniron. Les bassins sont détruits. Le canal se comble. Le manoir du XVe siècle passe entre plusieurs mains de marchands de biens. En 1822, un gentilhomme anglais de mère française nommé Emmanuel Harrington rachète le domaine et fait démolir le manoir pour le remplacer par une villa palladienne, six colonnes ioniques, fronton triangulaire, façade ouverte sur le jardin. L'architecture du pouvoir ecclésiastique cède la place à l'élégance néoclassique du voyage et de la fortune privée.
En 1833, Charles de Kerret rachète le domaine. Sa fille Hermine, puis les générations suivantes, constituent au XIXe siècle une collection botanique remarquable : séquoias d'Amérique, cyprès chauves de Louisiane, arbres de Judée venus de Constantinople, palmiers de l'Himalaya. En 1987, la tempête abat plus de quatre cents arbres et ravage les jardins. La restauration commence dans les années 1990, replantation des allées, recreusement du canal, reconstruction des bassins sur leurs fondations d'origine.
L'Odet monte encore dans le bassin de Neptune quand la marée monte en mer.
Les murs de l'évêché tiennent. Les eaux font ce qu'elles ont toujours fait.
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