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Pont Aven Centre Historique
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Gauguin a proposé La Belle Angèle à son modèle, Angélique Satre, aubergiste de Pont-Aven. Elle l'a refusé, ne se reconnaissant pas dans ce portrait aux aplats étranges, aux contours noirs, à la composition déconcertante. La toile est aujourd'hui au musée d'Orsay. À Pont-Aven, les habitants de 1886 comprenaient très mal ce que ces peintres venus de Paris fabriquaient avec leurs couleurs et leurs formes.
Avant les peintres, il y avait les moulins. La ville en possédait une quinzaine au XIXe siècle, alignés sur les berges de l'Aven là où la rivière cascade sur les blocs de granit avant de se jeter dans l'estuaire. Pont-Aven, ville de renom, quatorze moulins, quinze maisons, la formule courait les almanachs bretons. Le bourg vivait de la farine, du cabotage, des marées. La rivière était une machine à travailler.
Ce sont des Américains qui arrivent les premiers, à partir de 1865, peintres attirés par la lumière particulière du Finistère Sud, par la vie moins chère qu'à Paris, par les femmes en coiffe qui acceptent de poser. Puis les Britanniques, les Polonais, des artistes de toute l'Europe qui descendent du train à Quimperlé. En 1886, Paul Gauguin débarque, à court d'argent, impressionniste en rupture, cherchant quelque chose qu'il ne sait pas encore nommer. Il s'installe à la pension Gloanec tenue par Marie-Jeanne Gloanec, qui nourrit les artistes fauchés à crédit, comprend quelque chose à ce qu'ils font, les laisse travailler. C'est là qu'il rencontre Émile Bernard.
En 1888, Bernard peint Bretonnes dans la prairie verte, formes synthétisées, couleurs posées en aplats, contours noirs inspirés des vitraux médiévaux et des estampes japonaises. Gauguin voit le tableau. Quelque chose se déclenche. Il peint dans la foulée La Vision après le Sermon, Jacob luttant avec l'ange sur un champ rouge. Il propose la toile à l'église de Nizon. Le curé refuse. Ce tableau inaugural du synthétisme, qui préfigure toute la peinture moderne du XXe siècle, a été conçu dans un village de 1 500 habitants au bord d'une rivière à moulins du Finistère.
Au Bois d'Amour, sur la rive droite de l'Aven, Gauguin donne sa leçon à Sérusier en septembre 1888. Il lui tend sa boîte de couleurs : Comment voyez-vous cet arbre ? Mettez du vert, le plus beau vert de votre palette. Le tableau qui résulte de cette session, Le Talisman, devient le manifeste du mouvement des Nabis. Deux révolutions artistiques majeures sont nées ici, à quelques semaines d'intervalle, entre les moulins et le bois.
La rivière coule encore entre les blocs de granit. Le moulin de Rosmadec tient toujours. Les maisons les plus anciennes de la rue des Meunières datent du XVe siècle.
Un village de renom.
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