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Pontrieux
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
Les riches propriétaires de Pontrieux avaient fait construire leurs lavoirs privés pour que leurs lavandières ne lavent pas leur linge en public, et ne divulguent pas dans les lavoirs collectifs les secrets de la maison. Cinquante lavoirs particuliers, cachés au fond des jardins qui descendent vers le Trieux, invisibles depuis la rue, inaccessibles à pied. Pour les voir tous, il faut prendre une barque.
La ville naît d'une catastrophe. Au début du XVe siècle, la forteresse de Châteaulin-sur-Trieux et le village primitif en amont sont mis à sac. Les habitants descendent vers le fond de l'estuaire, bâtissent sur les deux rives, jettent un premier pont entre elles. Pont-Trieux, le nom dit tout. Le pont ici n'est pas seulement un ouvrage ; c'est la raison d'être d'une ville. Pendant quatre siècles, Pontrieux est le seul point de franchissement du Trieux entre la mer et Guingamp. Tout commerce qui traverse le fleuve passe par là. La ville prospère.
Elle devient le port de Guingamp, quinze kilomètres à l'intérieur des terres, mais le Trieux est navigable jusqu'ici, et la marée monte deux fois par jour jusqu'au centre de la cité, à quinze kilomètres de la mer. Le lin, les céréales, les chevaux s'y négocient depuis le XVIe siècle. Les maisons de commerce s'élèvent autour des deux places triangulaires, forme rare en Bretagne, et le long des berges. Les familles s'enrichissent, font construire de hautes demeures en granite ou à pans de bois, et au fond de leurs jardins en pente vers la rivière, chacune son lavoir couvert, inondable mais protégé de la pluie, avec son propre bac, ses propres pierres à battre, sa propre discrétion.
La prospérité tient à un monopole. En 1840, le pont de Lézardrieux s'ouvre à l'amont, le passage obligé ne l'est plus. Pontrieux perd son avantage stratégique. Mais la ville rebondit avec le chemin de fer à la fin du XIXe siècle, bois, carton, lin s'expédient par bateau dans toute l'Europe depuis le port. Des goélettes danoises et anglaises côtoient dans le port celles qui partent pour la pêche en Islande.
Les machines à laver vident les lavoirs. Pendant des décennies, les cinquante bâtisses dorment sous la végétation au fond des jardins. En 1991, une association les ressort de l'oubli, obtient des subventions pour les restaurer, convainc les propriétaires. Aujourd'hui ils sont fleuris, entretenus, illuminés certains soirs d'été.
La fontaine en granite du XVIIIe siècle, à l'angle de la place, est unique en Bretagne par son mode d'alimentation. La maison dite de la Tour Eiffel, XVIe siècle, regarde le Trieux depuis les hauteurs. L'écrivain François Ménez écrit en 1931 que Pontrieux est une ville en sommeil, un trou à commères.
Il avait en partie raison, et complètement tort.
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