Quintin
Autre

Quintin

Côtes d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

Dans la basilique Notre-Dame-de-Délivrance, derrière le maître-autel, un reliquaire en argent contient un fragment de lin de huit centimètres de côté, ce qu'il reste d'une ceinture rapportée de Terre Sainte en 1250 par Geoffroy Botrel, seigneur de Quintin, revenu de croisade avec saint Louis. Huit centimètres de tissu vieux de deux millénaires, protégés depuis sept siècles dans cette ville où le lin a tout fondé. Quintin doit son nom au gaulois kistinn, pays des châtaigniers. Mais c'est au lin qu'elle appartient vraiment. En 1482, Jeanne du Perrier, héritière du comté, introduit le tissage dans la région. La matière première arrive des ports du Trégor, importée de Lübeck par Roscoff. Les graines germent dans les campagnes de l'Argoat. Les paysans tissent l'hiver dans leurs fermes. Et ce que produisent leurs mains, des toiles d'une finesse et d'une blancheur extraordinaires, quitte Quintin pour Saint-Malo, puis traverse l'Atlantique et débarque à Cadix, où les marchands malouins les revendent aux colonies espagnoles d'Amérique. En Espagne et en Amérique latine, on les appelle bretañas ou quintinas. En 1789, on estime à trente mille le nombre de tisserands qui apportent leurs toiles à Quintin. Trente mille. Cette prospérité laisse des traces dans les pierres. Les négociants construisent des hôtels particuliers qui singent les malouinières, façades symétriques, sept travées, fronton central, sobriété opulente. Les familles De Gaultray, Le Coniac, Bouan-du-Chef-du-Bos bâtissent en granit ce que leurs métiers à tisser leur ont rapporté. L'intendant de Bretagne note en 1733, non sans ironie, que les habitants de la région sont laborieux mais négligent l'agriculture. Ils préfèrent le lin à la terre. Le château, lui, raconte une histoire plus torturée. Il y en a deux dans le même parc, l'un du XVIIe siècle, inachevé, construit par les protestants Gouyon de La Moussaye avant qu'un ministre du roi ordonne l'arrêt des chantiers fortifiés renforçant le pouvoir protestant. L'autre, du XVIIIe siècle, fut commencé après les guerres de la Ligue qui avaient pillé la ville deux fois. La même famille possède l'ensemble depuis l'origine, après les Penthièvre, Rohan, Coligny, La Moussaye, Choiseul, Polignac, c'est aujourd'hui la famille de Bagneux qui vous accueille. Huit siècles de transmission dans une même lignée. Le château inachevé domine l'étang. L'étang existait déjà au XIIe siècle, créé pour protéger la forteresse d'alors. La pente du Gouët était parfaite pour ça, l'eau comme premier rempart. Elle l'est restée, douce et silencieuse, jusqu'à ce que les toiles cessent d'être tissées et que le coton remplace le lin, quelque part entre 1825 et 1840. Le dernier métier à tisser de Quintin a fonctionné jusqu'en 1914. La ceinture de lin attend dans son reliquaire depuis 1250.

Tags

petite cité de caractèremenhirchâteaubasilique

Informations pratiques

Localisation

22800 Quintin