Rochefort-en-Terre
Autre

Rochefort-en-Terre

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Sur un éperon rocheux au cœur des landes de Lanvaux, un village de granit rose et d'ardoise grise domine la vallée du Gueuzon comme il la domine depuis neuf siècles. Ce que peu de visiteurs savent, c'est que la beauté florale qui a fait sa réputation mondiale, les géraniums aux fenêtres, les glycines sur les façades, est l'invention d'un peintre américain qui n'avait aucune raison d'être là. Au XIIe siècle, la famille Rochefort choisit ce promontoire pour une raison simple et immuable : contrôle. La voie qui relie Malestroit à La Roche-Bernard passe ici, entre deux vallées. Quiconque tient ce rocher tient le commerce et la mobilité de toute une région. Un château est construit, un bourg se développe autour, des chanoines arrivent et s'y installent. La ville haute s'agrandit des maisons des gens de robe, avocats, notaires, sénéchaux, attirés par le droit de haute justice que les seigneurs de Rochefort exercent sur leurs terres. La cité prospère, se fortifie, accumule les bâtiments gothiques et Renaissance dont les façades survivent jusqu'à aujourd'hui. Les guerres de Religion puis la Révolution démantèlent le château. En juillet 1793, les Républicains craignent que la forteresse ne devienne un repaire chouan, Rochefort avait été pris par les Blancs en mars de la même année. Ils détruisent l'essentiel de l'édifice médiéval. Il n'en reste que les écuries, les communs, quelques pans de muraille. Le village continue de vivre autour de ses ruines sans se poser la question de savoir s'il mérite qu'on le regarde. La réponse arrive en 1903, sous la forme d'un portraitiste américain nommé Alfred Partridge Klots. Né à Saint-Germain-en-Laye d'une famille qui a fait fortune dans le commerce de la soie, il s'est tourné vers la peinture et voyage en France. Il séjourne à l'auberge Lecadre, qui accueille déjà quelques peintres de passage. Le village lui fait l'effet d'une révélation. En 1907, il rachète les ruines du château pour une somme dérisoire. Il passe une décennie à construire sur les vieilles écuries un manoir néo-gothique assemblé de matériaux récupérés ici et là, principalement du manoir de Kéralio en Noyal-Muzillac, alors à l'abandon. Deux tours, des lucarnes, une façade Renaissance : Klots invente de toutes pièces un château qui n'a jamais existé en se servant des fragments de ceux qui ont existé. En 1911, il lance le premier concours de fenêtres fleuries de France. Il offre lui-même les prix, propose aux habitants d'hiverner leurs plantes fragiles dans la serre du château. Le geste est généreux. Il est surtout stratégique, Klots comprend avant tout le monde ce que peut devenir le village s'il s'embrase de couleurs. En 1918-1919, il ouvre les portes de son château aux blessés de la Croix-Rouge américaine. En 1939, il meurt à Rochefort. Son fils Trafford perpétue la tradition jusqu'en 1976. Aujourd'hui le château appartient à la commune. Mais les géraniums aux fenêtres, eux, appartiennent encore à l'idée d'un Américain tombé amoureux d'un rocher breton.

Tags

petite cité de caractèrevillage préféré des françaischâteau

Informations pratiques

Localisation

56220 Rochefort-en-Terre