
Autre
Roscoff
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
À l'intérieur de l'église Notre-Dame-de-Croaz-Batz, trois navires sculptés dans la pierre regardent la nef depuis les murs. Des bas-reliefs d'albâtre rapportés d'Angleterre ornent les chapelles latérales, trophées de commerce autant que de dévotion. L'église est celle des armateurs. Elle dit tout de Roscoff.
La ville naît dans l'ombre de Saint-Pol-de-Léon, cité épiscopale à cinq kilomètres dans les terres. Roscoff n'est d'abord qu'un port d'échouage, une plage que les caboteurs choisissent pour abriter leurs coques. Mais le site est idéal, une presqu'île en pointe sur la Manche, au carrefour des routes vers la Baltique, l'Ibérie, l'Angleterre. Dès la fin du Moyen Âge, les voiles s'accumulent. Les fortunes s'y construisent. La pierre s'élève.
En 1548, une petite fille de six ans débarque sur ces rivages. Elle s'appelle Marie Stuart. Reine d'Écosse depuis ses sept mois, elle traverse la Manche pour rejoindre la cour de France et son futur époux, le dauphin François. Elle ne reverra jamais Roscoff. Une maison de la rue de l'Amiral Réveillère porte son nom depuis lors, construite en 1561, treize ans après le passage de la reine, mais dont la cour intérieure garde une galerie à arcades qui rappelle les patios espagnols du temps des grandes marines.
Les armateurs prospèrent aux XVIe et XVIIe siècles sur le commerce du sel, de la toile de lin, des pêcheries de Terre-Neuve. Puis les guerres coupent les routes commerciales. Les mêmes hommes deviennent corsaires au service du roi, puis contrebandiers après 1750. Roscoff est une ville de passeurs, de marchandises, de fugitifs, de secrets. En 1647, un moine capucin nommé Frère Cyril rentre de Lisbonne avec des semences dans ses bagages. Il les sème dans le jardin du couvent. L'oignon rose de Roscoff commence ici.
En 1828, Henri Ollivier, jeune paysan de la ville, charge ses oignons sur un bateau, traverse la Manche, vend tout au porte-à-porte en Angleterre, rentre les poches pleines. L'aventure des Johnnies commence. Des centaines d'hommes partent chaque été après le pardon de Sainte-Barbe, d'abord à pied avec leur bâton de tresses sur l'épaule, puis à bicyclette dans les rues des villes anglaises. L'âge d'or des années 1930 voit 1 400 vendeurs traverser la Manche. Les Anglais les appellent les Johnnies, parce que Yann, prénom breton courant, se traduit en John.
En 1872, Henri de Lacaze-Duthiers, professeur de zoologie à la Sorbonne, loue une maison sur la place de l'église pour y installer un laboratoire. L'estran roscovite, avec ses marées de dix mètres, recèle 3 000 espèces animales et 700 espèces végétales marines. La station biologique devient l'une des plus anciennes encore actives au monde. Entre 1910 et 1912, le peintre Mathurin Méheut y séjourne, réalise 400 aquarelles et 2 000 croquis de la faune littorale.
Les navires de pierre regardent toujours la nef. La mer n'a jamais cessé d'être ici la première raison d'être.
Tags
gothiquechapellesphare


