Site historique des Forges de Paimpont
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Site historique des Forges de Paimpont

Ille-et-Vilaine, Bretagne

À propos de ce lieu

Au cœur de la forêt de Brocéliande, là où Merlin est censé dormir sous ses pierres et où les fées du Val sans retour guettent les chevaliers infidèles, une usine a fonctionné pendant trois siècles. C'est ce contraste qui rend le lieu si singulier : l'une des industries métallurgiques les plus importantes de Bretagne installée au milieu du territoire le plus mythique de France. Tout commence par une équation simple. En 1633, le duc de La Trémoille obtient l'autorisation de créer une forge dans le plus grand massif forestier proche de Rennes. Le site choisi réunit trois conditions indispensables : un gisement d'hématite rouge extrait à ciel ouvert dans le sol riche en minerai, un réseau hydraulique que les moines avaient patiemment aménagé depuis le Moyen Âge, sept étangs dont les eaux convergent vers l'étang des Forges, et la forêt elle-même, réserve inépuisable de charbon de bois. En 1653, les forges sont officiellement vendues et s'appellent désormais forges de Brécilien, du nom ancien de la seigneurie. Le feu s'allume. Il brûlera sans s'éteindre pendant trois cents ans. Au XVIIIe siècle, la réputation du fer de Paimpont dépasse la Bretagne. Les contemporains le qualifient d'aussi bonne qualité que les meilleurs fers de Suède ou d'Espagne. Diderot et D'Alembert, en préparant leur Encyclopédie, choisissent l'affinerie des forges de Paimpont comme modèle de référence pour illustrer l'article sur les forges. Une usine bretonne dans le monument intellectuel des Lumières. Les commandes affluent : la reconstruction de Rennes après l'incendie de 1720, les arsenaux de Brest et Lorient, puis les livraisons de fer pour la guerre d'Indépendance américaine. Le XIXe siècle marque le tournant. En 1819, Louis XVIII choisit Paimpont parmi les quatorze forges de France à moderniser selon la technique anglaise, charbon de coke, fours à puddler. Le grand laminoir est construit en 1820 : soixante-dix mètres de long, charpente colossale, six fours à puddler. C'est ce même laminoir qui forge en 1857 les premiers rails de chemin de fer pour la ligne Rennes-Brest. Le fer de Brocéliande pose les fondations du réseau ferroviaire breton. À son apogée en 1853, le site produit deux mille sept cent cinquante tonnes de fonte et mille huit cents tonnes de fer par an. Quatre cents ouvriers y travaillent, métallurgistes, charbonniers, bûcherons, mineurs, formant un village entier avec ses logis, son école, ses habitations ouvrières. Puis la concurrence étrangère brise l'élan. Les hauts fourneaux s'arrêtent une première fois en 1866, reprennent lors de la guerre de 1870, s'éteignent définitivement en 1884. Le laminoir et la fonderie tiennent encore quelques décennies en rachetant la fonte sur le marché. En 1954, tout s'arrête. Les ronces envahissent les ruines. En 2001, l'État classe l'ensemble monument historique. Les deux hauts fourneaux se dressent encore au bord de l'étang, silencieux depuis soixante-dix ans, dans la forêt où Merlin n'a jamais cessé de veiller.

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Informations pratiques

Localisation

Les Forges de Paimpont, 35380 Paimpont